CHM 4228 – Martyrologie et développement des missions protestantes
Intitulé du cours :
Martyrologie et développement des missions protestantes
Crédits : 20 ECTS
Semestre : 1
Volume horaire : 72 heures (cours magistraux et travaux en ligne)
Responsable du cours : Dr. Sylvain Randriantsoaniaina, randriantsoaniainasylvain@gmail.com, +261 34 60 717 17
1. Objectifs du cours :
Ce cours vise les étudiants à comprendre la naissance et les causes de la martyrologie, les persécutions et la consolidation du protestantisme malgache
2. Contenu du cours :
*La Période de la LMS et les premiers martyrs
* La règne de Ranavalona II
* La théologie du martyre et la mémoire ecclésiale
Méthode : Etude historique et séminaire de recherche.
Références : Campbell (2012), Ellis (1858), Rasolondraibe (2003)
Unité 1 : La Période de la LMS et les premiers martyrs
1.1. L'arrivée des premiers missionnaires (LMS)
Au début du 19ème siècle, le roi Radama Ier voulait faire évoluer son royaume. Il a donc invité des missionnaires de la London Missionary Society (LMS), une société religieuse anglaise, à s'installer dans son royaume en 1820.
Avec sa protection, ils ont pu accomplir trois choses très importantes :
· Créer une école pour apprendre à lire et écrire.
· Donner une forme écrite à la langue malgache, ce qui n'existait pas vraiment avant eux.
· Traduire la Bible pour que les Malgaches puissent la lire dans leur propre langue.
1.2. La reine qui a tout changé
Mais en 1828, le roi Radama Ier meurt et sa femme, la reine Ranavalona Ière, lui succède. La nouvelle reine avait très peur que les Européens, en apportant une nouvelle religion, ne deviennent trop puissants et ne finissent par prendre le contrôle de son pays. Elle voulait à tout prix protéger les traditions et l'indépendance de Madagascar.
En 1835, elle prend une décision radicale : elle interdit totalement la religion chrétienne sur tout le territoire et chasse les missionnaires étrangers.
1.3. Rasalama, la première martyre
Les Malgaches qui étaient devenus chrétiens se sont retrouvés dans une situation très dangereuse. C'est là qu'entre en scène Rasalama Rafaravavy, une jeune femme d'une foi profonde.
· Une des premières converties : Elle avait été parmi les tout premiers élèves des écoles de la LMS et l'une des premières à se faire baptiser en 1831.
· Dans la clandestinité : Après l'interdiction du christianisme, elle a dû se cacher pour prier, mais elle a été découverte et arrêtée en juillet 1837.
· Un acte de foi radical : Elle fut offerte comme esclave à un courtisan. Elle supporta les mauvais traitements jusqu'au jour où elle refusa de travailler le dimanche, affirmant haut et fort sa foi en Dieu.
· Son exécution : Pour cet acte de "rébellion", elle fut condamnée à mort. Le 14 août 1837, elle fut conduite au lieu de son exécution en chantant des cantiques. Elle est morte transpercée par des lances.
Son courage a profondément marqué les esprits, et elle est aujourd'hui reconnue comme la première martyre chrétienne de Madagascar.
1.4. La fin des persécutions
La reine Ranavalona Ière est morte en 1861. Avec sa disparition, la persécution des chrétiens a pris fin. L'Église, que l'on cherchait à détruire, était en réalité devenue quatre à dix fois plus forte qu'avant les persécutions, comptant entre trois et douze mille fidèles. La foi chrétienne, forgée dans l'épreuve, était désormais profondément enracinée dans le cœur du peuple malgache.
1.5. Pour résumer
· 1818-1828 : Les premiers missionnaires (LMS) arrivent et commencent leur travail sous la protection du roi Radama Ier.
· 1828-1861 : Règne de la reine Ranavalona Ière, qui interdit le christianisme et persécute ses fidèles.
· 1837 : Rasalama est la première chrétienne à être mise à mort pour sa foi.
· 1861 : La reine meurt, mettant fin aux persécutions.
Références :
· Rasalama, Rafaravavy. Dictionary of African Christian Biography. (Source des informations sur Rasalama)
· Re-Reading Missionary Publications: The Case of European and Malagasy Martyrologies, 1837-1937. Cambridge Core. (Source des informations sur le nombre de victimes et la croissance de l'Église)
· Chapter 2: The Martyrs of Madagascar (1835-1861), by Alex P. John. religion-online.org. (Source du contexte historique et politique)
· Histoire/ Rasalama Rafaravavy. FJKM. (Source des informations sur Rasalama)
· Ranavalona Ire — Wikipédia. (Source des informations sur la reine)
Unité 2 : La règne de Ranavalona II (1868-1883)
Introduction :
Après la longue période de persécution des chrétiens, le règne de la reine Ranavalona II a marqué un tournant majeur dans l'histoire de Madagascar. C'est l'histoire d'une reine qui a fait du christianisme la religion officielle du royaume et qui a ouvert le pays aux réformes.
2.1. De la clandestinité au trône : une reine au passé de convertie
Née princesse Ramoma en 1829, la future reine a grandi dans un environnement où le christianisme était pourtant interdit. Elle participait même en secret à des réunions de prière avec les premiers chrétiens. Bien avant son couronnement, elle s'était déjà convertie dans son cœur à la nouvelle foi. Aussi, lorsqu'elle succède à sa cousine la reine Rasoherina le 1er avril 1868, elle est bien décidée à changer les choses.
2.2. Le jour qui a tout changé : un couronnement historique
Le 3 septembre 1868, la cérémonie de son couronnement est un événement historique. Ce jour-là, sur la grande place d'Andohalo, la foule découvre une scène incroyable. À la place des idoles et des talismans royaux, une simple Bible est posée à la portée de la main de la nouvelle reine. Par cet acte symbolique fort, Ranavalona II annonce la couleur : elle sera la première "reine chrétienne" de Madagascar, et le protestantisme devient la religion d'État.
2.3. Un mariage politique et religieux
Ce changement radical est aussi le fruit d'une alliance. La reine épouse son Premier ministre, Rainilaiarivony, qui est un homme très puissant. Le 21 février 1869, ils se marient lors d'une grande cérémonie publique où la cour royale, à leur suite, se convertit officiellement au christianisme. Pour Ranavalona II, épouser cet homme influent est un moyen de s'assurer un allié solide pour gouverner et mener ses réformes. Rainilaiarivony, qui a déjà épousé la reine précédente, reste ainsi au pouvoir et épousera même la reine suivante.
2.4. Les grandes réformes : éducation, loi et modernisation
Le règne de Ranavalona II est une période de grands changements, souvent appelée "occidentalisation" du pays. En voici les principaux :
· Un essor de l'éducation : Avec le soutien de la London Missionary Society (LMS), de nombreuses écoles sont construites. Le savoir devient une priorité.
· Modernisation des lois : En 1881, la reine promulgue un "code royal" de 101 articles pour mieux organiser le royaume.
· Des symboles forts : L'abolition de l'esclavage est décrétée, et les talismans royaux (les sampy) sont abandonnés au profit de la foi chrétienne.
2.5. La fin du règne et son héritage
Le règne de Ranavalona II prend fin avec sa mort le 13 juillet 1883. Malgré son ouverture aux Britanniques, son royaume doit aussi composer avec les visées de la France. Les premières tensions et les germes des futures guerres franco-malgaches apparaissent durant cette période. Son décès ouvre la voie à sa nièce, Ranavalona III, qui sera la dernière reine de Madagascar avant la colonisation française.
Pour aller plus loin : références avec DOI
Voici les références utilisées pour écrire ce texte, avec des identifiants uniques (DOI) pour vous aider à retrouver les sources originales.
· Portrait de la reine Ranavalona II : https://doi.org/10.25549/impa-m236
· Portrait de son époux et Premier ministre, Rainilaiarivony (vers 1880) : https://doi.org/10.25549/impa-m321
· Photo de Rainilaiarivony (vers 1895) : https://doi.org/10.25549/impa-m1519
· Recherche sur la conversion de Ranavalona II (1977) : une référence académique disponible via l'ISSN 0255-0385
· Article sur Rainilaiarivony et la religion (2020) : disponible via l'identifiant hal-04516088
Unité 3 : La théologie du martyre et La mémoire ecclésiale
Introduction :
La foi chrétienne a été, dès ses origines, marquée par la figure du martyr. Pour bien comprendre ce qu’est un martyr, il faut d’abord s’intéresser à la théologie du martyre, c’est-à-dire la signification profonde de ce sacrifice, puis à la mémoire ecclésiale, c’est-à-dire la façon dont l’Église conserve et transmet le souvenir de ces témoins.
3.1. La théologie du martyre : un témoignage d’amour jusqu’au bout
Le mot "martyr" vient du grec ancien "mártus", qui signifie tout simplement "témoin". Un martyr chrétien est donc avant tout un témoin du Christ. La définition la plus classique est celle d’une personne qui accepte la mort plutôt que de renoncer à sa foi.
Mais pour un chrétien, mourir en martyr, ce n’est pas un acte de fanatisme ou de désespoir. Voici ce que cela signifie vraiment :
· Être témoin du Christ: Le martyr rend le témoignage ultime à sa foi. En acceptant la mort, il proclame sa conviction que le Christ est ressuscité et qu’il partagera cette victoire sur la mort.
· Un acte de foi, d’espérance et d’amour: C'est un pur acte de foi, l'espérance par excellence, et l'expression de l'amour le plus grand : donner sa vie pour ceux qu'on aime, à l'image de Jésus. Saint Thomas d’Aquin, un grand théologien, disait que le mérite du martyre réside dans l’endurance volontaire de la mort pour le Christ.
· La "semence des chrétiens": Le célèbre théologien Tertullien a écrit une phrase devenue célèbre au IIe siècle : "Le sang des chrétiens est une semence". Cela signifie que la mort d'un martyr ne met pas fin à la foi, bien au contraire : elle la rend visible, elle inspire les autres croyants et elle donne naissance à de nouvelles vocations. Leur courage fortifie la communauté et la rend encore plus vivante.
Ainsi, le martyre n'est pas une fin en soi, mais un témoignage puissant qui, tel une graine, porte du fruit et consolide l'Église. C'est un témoignage "ecclésial" qui sert la communauté tout entière.
3.2. La mémoire ecclésiale : comment l’Église n’oublie jamais ses martyrs
Pour qu’un témoignage aussi fort ne se perde pas, l’Église a toujours veillé à garder vivante la mémoire de ses martyrs. On appelle cela la mémoire ecclésiale, et elle fonctionne à travers plusieurs pratiques concrètes :
· La rédaction des actes des martyrs : Très tôt, les communautés chrétiennes ont commencé à écrire le récit de la vie et de la mort de leurs martyrs. Ces textes sont appelés les "actes" ou les "passions" des martyrs. Ces histoires ne sont pas de simples rapports historiques ; elles sont destinées à édifier et à renforcer la foi des chrétiens, en leur offrant des modèles d’héroïsme et de fidélité.
· Le culte des saints et des reliques : Les chrétiens ont très vite manifesté un profond respect pour les tombes des martyrs, qu'ils considéraient comme des lieux saints. On y vénérait leurs reliques, et l'on célébrait l'Eucharistie sur leurs sépultures. Ce culte exprimait la conviction que les martyrs, étant morts pour le Christ, vivaient déjà pleinement auprès de Lui.
· Le martyrologe : la liste de la mémoire : Pour organiser et partager ces souvenirs, l'Église a créé un livre appelé le martyrologe. Il s'agit d'un recueil dans lequel sont inscrits les noms des martyrs, et par extension des saints, dont on fait mémoire chaque jour de l'année. C'est un peu l'annuaire des "héros de la foi".
· La mémoire collective et la tradition vivante : La mémoire des martyrs est un élément constitutif de l'identité chrétienne. Elle est transmise de génération en génération, forgeant une "tradition vivante". En se souvenant de leur sacrifice, l'Église se rappelle que la fidélité à l'Évangile peut avoir un prix, mais que la vie finit toujours par triompher.
3.3. En résumé
· Le mot martyr vient du grec mártus, qui signifie "témoin". Un martyr chrétien est donc un témoin du Christ.
· La théologie du martyre enseigne que la mort d'un martyr est un acte suprême d'amour, de foi et d'espérance qui fortifie l'Église, d'où l'expression "le sang des chrétiens est une semence".
· La mémoire ecclésiale est l'ensemble des moyens par lesquels l'Église conserve le souvenir de ses martyrs : l'écriture des "actes des martyrs", le culte des reliques et la lecture du martyrologe (le livre qui liste les martyrs).
Pour aller plus loin : références
Ces concepts ont fait l'objet de nombreuses études. Voici quelques références, dont plusieurs avec un identifiant unique (DOI), pour approfondir le sujet :
· Sur la théologie du martyre :
o Castelli, E. A. (2004). Martyrdom and Memory: Early Christian Culture Making. Columbia University Press. (ISBN: 978-0-231-29886-5)
o Frendo, Mgr. G. (2015). Martyrdom. Aid to the Church in Need. (Source sur la définition thomiste du martyre)
o Pellegrino, M. (1961). Le sens ecclésial du martyre. Revue des Sciences Religieuses, 35(2), 151-175. (DOI non disponible, mais consultable sur Persée)
· Sur la mémoire ecclésiale et les martyrologes :
o "Martyrologe". Dans Wikipédia. (Consulté en 2025)
o Isaïa, M. C. (2015). Culte des martyrs et communion civique dans l'Église... HAL. (DOI non disponible)
· Pour une approche historique et anthropologique :
o Wimmer, L. F. M. (2021). The Evolution of Early Christian Theology of Martyrdom in the Pre-Decian Period: Collective Memory and Martyrological Interpretation of the New Testament in Polycarp, Lyon, and Perpetua (Thèse de doctorat). Newcastle University. (DOI non disponible)
· Pour une définition simple du martyre chrétien :
o RCF. (2020). Qu'est-ce-que le martyre pour les chrétiens ? (Consulté en 2025)
Pouvez-vous essayer de comprendre la raison de la persécution faite par la reine Ranavalona I